Calvaires et croix de chemin à Bitche
Située
au cœur du
pays de Bitche, dans une
dépression bordée de vertes collines
boisées où se croisent les routes de
Sarreguemines à Haguenau, de Sarreguemines à
Wissembourg et de Saverne à Pirmasens, la charmante petite
ville de
Bitche
possède
un très grand ban de 4040 hectares, le second
après celui de la commune voisine de
Mouterhouse. Elle est
implantée en bordure du
pays couvert, dans une zone
cependant fort défrichée. Les seuls ruisseaux qui
irriguent cette cuvette marécageuse sont la
Horn au nord, et
un rû né de l'
étang de Hasselfurth qui alimente
jusqu'à son assèchement en 1820 le
Stadtweiher, au pied de la
citadelle.
Table des matières
I. Croix monumentales
II. Croix de chemin
III. Calvaire
1. Rue Schellenthal
Une croix monumentale est élevée en 1829, dans le
village de
Montbronn,
dans le
canton
voisin de
Rohrbach-lès-Bitche.
Elle a été déplacée plus
tard dans le jardin de la maison
numéro 29, rue Schellenthal à
Bitche.
En grès sculpté, il
s'agit d'une croix à socle et fût-stèle
droits. Le
croisillon est restauré mais l'inscription est illisible sur
le
fût-stèle. La Très Sainte Vierge et
saint
Barthélémy sont représentés sur le fût, surmontés de deux
têtes d'angelots ailées.
Une croix monumentale est élevée dans la rue
Schellenthal, au croisement de la rue de l'abattoir. En grès
sculpté, elle est érigée en 1824, date
portée, puis restaurée par les époux
Jakob
Müller. Il s'agit d'une croix à socle droit et
fût-stèle galbé. On trouve deux
inscriptions encore
lisibles : sur le socle, «
FRAU
DOPFER 1824
» et, à la
base du fût-stèle, «
ERNEUERT
DURCH DIE EHELEUTE JAKOB MÜLLER
». Le croisillon
présente le Christ en Croix surmonté du titulus INRI,
tandis que la colombe du Saint-Esprit figure sur le registre
supérieur du fût-stèle. Le registre
inférieur du fût, au-dessus d'une inscription
figurant
à sa base, représente sainte Marie-Madeleine
agenouillée, surmontée de deux têtes
d'angelots
ailées. L'inscription gravée sur le socle de la
croix est
entourée d'une guirlande de lauriers.
2. Rue de l'abattoir
Une croix monumentale est érigée dans le jardin
de la
maison numéro 27, rue de l'abattoir. Elle est
élevée en 1788 puis restaurée en 1875,
toutes deux
dates portées. En grès sculpté, la
croix est
à socle droit et fût-stèle
galbé en plan.
Sur le socle, une inscription indique les circonstances de la
rénovation de la croix :
« ERNEUERT DURCH JOSEPH PAQUIN UND
SEINE EHEFRAU CATHARINA BOUR 1875
».
Une inscription particulièrement intéressante,
puisque
faisant allusion au paganisme, est située à la
base du
fût-stèle :
« WEDER HOLTZ NOCH STEIN MIHR
BETTEN AN JESU ALLEIN WELCHER IST GESTORBEN DARAN 1788
». Le titulus INRI surmonte
Notre-Seigneur en Croix sur le croisillon, tandis que sainte Barbe - «
ST BARBRA »
-
est représentée sur le fût-stèle.
En face du numéro 27, une croix monumentale est placée au fond d'une niche
située devant un hangar. En grès rose sculpté, elle paraît dater
vraisemblablement du XVIIIe siècle mais présente
deux
dates difficilement lisibles sous le socle des deux personnages : la
plus ancienne, sans doute 1714, semble avoir été
postérieurement rajoutée vu l'emplacement qu'elle
occupe
; l'autre date, dont seuls les deux premiers chiffres sont certainement
identifiables, peut-être 1899, est sans doute la date de
restauration de la croix au XIXe siècle. La croix est en
très mauvais état, le grès est
très
délité. L'iconographie est traditionnelle, avec
la Sainte
Vierge et saint Jean, sculptés en demi-relief sur le
fût
de la croix.
3. Chapelle
de l'Étang
Auparavant
située contre le mur de la Weiherkapelle qui
donne sur le parc de l'hôpital Saint-Joseph voisin, une croix monumentale du XVIIIe siècle constituant par sa morphologie et son
décor une exception, a été déplacée
et est maintenant adossée à la façade occidentale
de la chapelle, à droite de l'entrée. Galbé
en plan et en élévation, le socle est surmonté
d'un fût-stèle droit plus récent, orné de la
figure de saint Nicolas portant sur un livre les trois bourses, dont il
dota les jeunes filles. La
croix, entourée d'une bordure saillante, est décorée à ses extrémités
d'accolades terminées par des enroulements, tandis que la figure du Seigneur Jésus,
sculptée en haut-relief, s'impose par son traitement très réaliste. Des symboles macabres - un crâne et des tibias
croisés - sont représentés au milieu du
fût-stèle et rappellent tout autant le mont du Golgotha que la victoire du Christ sur la mort.
Une croix est élevée le 28 mars
1852, date portée, par les Pères Rédemptoristes
à l'occasion d'une mission qu'ils prêchent à Bitche
et est installée contre la façade occidentale. En bois, elle présentait un Christ en Croix en
fonte, mais elle a été retirée lors de la mise en
place de la croix du XVIIIe siècle à cet endroit.
4. Route nationale 52
Une croix de chemin est érigée en bordure de la
route de Lemberg, ou route
nationale 52, à quelques dizaines de mètres des
dernières maisons de Bitche. Isolée, elle
se situe près de la maison numéro 59, au
carrefour avec le chemin venant de l'étang de Hasselfurth.
En grès sculpté, la croix est
élevée en
1902, date portée, aux frais des enfants de Michel Obringer
et
de Catherine Mailinger. Il s'agit d'une croix à socle et
fût-stèle droits. L'iconographie nous
présente sur
le fût-stèle sainte Catherine et saint Pierre, surmontés des instruments
de
la Passion du Christ, tandis que les conditions de
l'érection de
la croix sont exposées dans l'inscription figurant au pied
du
fût-stèle.
 |
 |
Dans
la rue Jean-Jacques Kieffer, qui est le prolongement de la route
nationale dans la cité bitchoise, une croix monumentale est
élevée en 1883, date portée, par la
veuve
Baquen et ses enfants. En grès sculpté, il s'agit
d'une
croix avec socle en balustre et fût-stèle
galbé. Le croisillon représente Notre-Seigneur Jésus-Christ en Croix,
surmonté du titulus INRI.
Le fût-stèle figure six saints, répartis en deux registres de trois
personnes. Avant la dernière restauration, on pouvait
reconnaître sainte Anne en haut à droite, mais
les cinq autres figures n'étaient pas identifiables ;
depuis,
chaque saint est complété par un cartouche
inférieur qui nous apprend son nom : en haut, la Sainte
Vierge
et ses parents, sainte Anne et saint Joachim ; en bas, saint Zacharie,
sainte Élisabeth et leur fils, saint
Jean-Baptiste. Le pied du fût portait l'inscription « 100
Tage Ablaß »
(100 jours d'indulgence), remplacée aujourd'hui par une
adjonction au passant : « Vous qui passez par
là, voyez jusqu'où va l'amour véritable
»
;
tandis que le socle rapporte les conditions d'érection de la croix : «
Errichtet zur Ehre Gottes durch Wittwe
Baquen u. Kinder
»
(Érigé à la gloire
de Dieu par la veuve et les enfants Baquen).
5. Chapelle
Saint-Sébastien
Une belle
croix
monumentale en grès sculpté se dresse
à gauche de
l'entrée du petit cimetière, entourant la
chapelle
Saint-Sébastien. Possédant un socle en
balustre
avec fût-stèle galbé et croisillon en
croix latine, la croix est très vraisemblablement
élevée dans la seconde moitié du
XVIIIe
siècle. Le croisillon est quant à lui refait
à la
fin du XIXe ou au début du XXe siècle ;
il figure
Notre-Seigneur Jésus-Christ en Croix, tandis qu'un c
œur enflammé
dans une nuée rayonnante est
représenté à la base de la croix, de
même que sur le
socle.
Sur le
fût-stèle,
la
Très
Sainte Vierge Marie et
saint Sébastien apparaissent
surmontés de deux têtes d'angelots
ailées.
D'autres symboles y figurent aussi, tels qu'une guirlande
de laurier ou encore une étoile filante.
6. Rue du Général-Stuhl
Une croix monumentale est élevée dans la seconde
moitié du XVIIIe siècle et se situe devant le
numéro 3, rue du Général-Stuhl, tout contre les grilles de la
caserne Teyssier du
quartier Jouart. La croix est
érigée en bordure du giratoire qui,
débouchant du
centre de la
cité bitchoise par
la rue Saint-Augustin, permet de gagner soit la rue du
Général-Stuhl menant vers la route de
Sturzelbronn
et de Wissembourg ou de
Haspelschiedt
; soit la rue du Président-Poincaré, poursuivie
par la route de
Schorbach et de
Pirmasens. En grès sculpté, il s'agit d'une croix
à fut-stèle droit. Le croisillon représente le Seigneur Jésus en Croix,
surmonté du titulus INRI
et de deux têtes d'angelots ailées, tandis qu'un c
œur
enflammé
dans une nuée rayonnante se situe à Ses pieds. Le
fût-stèle, qu'entoure une guirlande de lauriers, nous
montre deux saints non
identifés, surplombés par la
colombe du
Saint-Esprit.
7. Rue du Maréchal-Vauban
Dans la rue du Maréchal-Vauban, nommé
d'après
l'ingénieur du Roi chargé de la fortification de
la
place de
Bitche
et de son
château au
XVIIe siècle, une croix monumentale est installée dans le jardin de la maison numéro
26. Sans
doute élevée durant la seconde moitié
du XVIIIe
siècle, elle se situait auparavant dans le village voisin de
Lemberg
et a été déplacée lors de
la construction
du Collège d'Enseignement Secondaire. En grès
sculpté, il s'agit d'une croix à socle droit et
fût-stèle droit galbé en plan ; le
croisillon,
représentant Notre-Seigneur en Croix, provient pour sa part
d'une autre croix. Le fût-stèle nous présente deux registres iconographiques : la
Très Sainte Vierge et saint Jean sont montrés au
sommet
et la
Vision de saint Hubert au pied du fût ; un cœur
transpercé surmonte l'ensemble du
fût-stèle, à la jonction avec le
croisillon.
 |
 |
Au croisement de la rue Vauban et de
celle de Sarreguemines,
une croix monumentale est érigée, très vraisemblablement au
cours du
XIXe siècle. En grès sculpté, il
s'agit d'une
croix à socle et fût-stèle droits, le
croisillon
étant remplacé. Elle est restaurée en
1872, date
portée, par Karl Gaudet l'ancien et son épouse
Elisabeth
Wetzel. Une inscription figure sur la base de la face du
fût-stèle et se termine par «
ERNEUERT DURCH KARL GAUDET DER
ALTE »
;
on peut lire sur le côté gauche «
K. GAUDET der ALTE 1872
» et sur le
côté droit «
ELISABETH
WETZEL SEINE EHEFRAU
». Le
centre du fût-stèle est occupé par la
représentation d'un cœur
naïvement gravé, au centre duquel est inscrite
l'oraison jaculatoire bien connue
« O CRUX AVE
SPES UNICA »
; deux têtes d'angelots ailées surplombent cette
partie du
fût. La partie supérieure est
décorée d'un
tibia - symbole macabre qui rappelle au passant sa condition mortelle
et l'importance de son salut -, ainsi que d'une fleur.
8. Cimetière
Un calvaire impressionnant est élevé dans le
cimetière
bitchois, situé en bordure de la
rue de Sarreguemines.
La structure est en pierre de calcaire, tandis que les personnages, en
fonte, sont dus à l'Institut catholique de Vaucouleurs dans
la Meuse, marque portée. L'iconographie
proposée
présente une légère
originalité : en effet,
aux deux personnages habituellement représentés au pied de la Sainte-Croix que
sont la Très Sainte Vierge et saint Jean, sainte
Marie-Madeleine est ici
ajoutée, au milieu des deux, priant agenouillée
tandis que les autres sont debouts.
9. Croix
récentes
Plusieurs croix de chemin ont été
érigées sur le ban communal de
Bitche
depuis la dernière guerre mondiale, principalement afin de
rendre grâce au Bon Dieu ou encore à la Sainte
Vierge du
retour d'un fils ou bien du rapatriement de sa dépouille,
afin
de l'inhumer dignement. On peut citer la croix
érigée en
bordure de la route de
Lemberg, au
croisement avec le chemin venant de l'
étang de Hasselfurth,
quelques mètres après les dernières
maisons de la
cité fortifiée. Un peu plus loin, sur la route
forestière, qui mène au Hasselfurtherweiher
ou à
Mouterhouse,
une autre croix se dresse, sur une butte faisant face à la
ferme du
Wolfsgarten.
Notes et références
Annexes
1. Bibliographie
- JACOPS
(Marie-France), GUILLAUME (Jacques), HEMMERT (Didier), Le Pays de Bitche
(Moselle), Metz,
Éditions Serpenoise, 1990, p. 27-38.
2. Liens internes