Géographie du pays de Bitche
« Aux confins de la Lorraine orientale, le Pays de Bitche, ou Bitscherland, s'avance vers l'Alsace, passant des vastes horizons du plateau
lorrain à la forêt des Vosges du Nord. Il est limitrophe au Sud de l'Alsace
bossue, à l'Est du Pays d'Haguenau et de
l'Outre-Forêt, au Nord du Palatinat, tandis qu'à l'Ouest » (Le Pays de Bitche, p. 1), il est réuni à la
Lorraine par un étroit couloir de moins de cinq kilomètres de large occupé
seulement par la ville de Sarreguemines. Région essentiellement forestière, le
Bitscherland semble quelque peu perdu aux confins du territoire
lorrain. «
Cette région de la Lorraine germanophone, composée des trois cantons de Bitche, Rohrbach-lès-Bitche et Volmunster, recouvre deux entités géographiques très différentes, séparées par une
ligne imaginaire joignant Rahling au Sud-Ouest à Liederschiedt au Nord-Est : le pays découvert ou Imgau à l'Ouest, le
pays couvert ou Wasgau à l'Est. La
nature géologique du sous-sol, le modelé des paysages, le
couvert végétal et l'économie, tout oppose ces
deux régions, que le réseau hydrographique contribue
partiellement, lui aussi, à différencier : à
l'Ouest, les rivières sont des affluents de la Horn (la
Bickenalb, la Schwalb et le Schwartzenbach) et de la Sarre (les
ruisseaux d'Achen, de Rahling, de Saint-Louis et le Schwangerbach),
tandis qu'à l'Est elles font partie du bassin du Rhin (la Zinsel du nord et ses
affluents, ainsi que le Falkensteinerbach et le
Schwarzbach) » (Le Pays de Bitche, p. 1).
Table des matières
1. Pays découvert
2. Pays couvert
3. Bibliographie
Pays découvert
« Le pays découvert [ou
encore Imgau] appartient aux formations géologiques triasiques, qui
sont composées de calcaires du Muschelkalk, entrecoupés de marnes avec
des lentilles gypseuses, et de calcaires à cératites et à entroques, l'ensemble
étant recouvert de limons ou de lœss. Le modelé, ici, est celui du plateau lorrain
dans sa partie la plus orientale, variant entre 300 et 400 mètres. Ce
paysage, aux formes un peu lourdes, est à
peine barré par la côte du Muschelkalk, d'une cinquantaine de mètres de dénivellation, qui se
développe entre Erching et Rahling, en passant par Rimling
et Rohrbach. Les rivières
bordées de saules, sinueuses mais assez peu encaissées,
sont grossies par de nombreux ruisselets, aujourd'hui
insignifiants, qui ont pourtant modelé un paysage de
croupes aux formes adoucies. C'est à un déboisement
intensif, sans doute dès le XVIe siècle,
que la région doit son appellation de pays découvert, bon
nombre de communes étant depuis bien longtemps totalement dépourvues de forêt, comme Petit- et Gros-Réderching, Bettviller, Epping ou encore Etting et Schmittviller
; ailleurs, des lambeaux de forêts de feuillus, plus ou moins
importants selon les endroits, témoignent de son existence
ancienne. Le paysage étend à perte de vue ses champs
ouverts, laniérés jusqu'aux remembrements de ces
dernières années : un laniérage rendu
particulièrement visible aux saisons de printemps et
d'été par la juxtaposition des cultures en fonction
de l'assolement.
Autour des villages, mais parfois fort loin
des habitations, sur des pentes bien exposées, les vergers alternent avec les
cultures, surtout dans le canton de Volmunster. La culture traditionnelle de la pomme de terre et des céréales
(blé, avoine, seigle, orge et sarrasin) a peu à peu évolué, se
spécialisant dans la production de blé. Dans le domaine de
l'élevage, les porcs et les chèvres ont toujours occupé une place importante,
tandis que les vaches et les bœufs, utilisés comme bêtes de trait, surpassaient
en quantité le nombre de chevaux. Dès le XVIIe siècle, ce cheptel était vendu dans les foires de Bitche
et de Rimling aux
marchands alsaciens, qui, en échange, fournissaient du blé, du vin, des étoffes ou
encore de la mercerie. La tendance actuelle est, comme partout, une évolution
vers l'élevage laitier grâce à l'accroissement des surfaces en
herbage » (Le Pays de Bitche, p. 1).
Pays couvert
« Le pays couvert [ou
Wasgau], qui constitue la grande originalité du Pays de Bitche, appartient
quant à lui au Buntsandstein
triasique, dont les formations gréseuses ont donné
naissance à un plateau variant de 200 à plus de 450
mètres, fortement morcelé par des vallées
nombreuses, profondes et très
ramifiées, hérissé de barres et de
pointements rocheux ruiniformes, offrant un paysage pittoresque. Un
couvert forestier très dense de chênes, de hêtres,
de charmes et de pins sylvestres, plus récemment
implantés, moutonne à l'infini, occupant la
quasi-totalité des pentes, alors que les fonds de
vallées, tourbeux, sont envahis par les carex, les joncs, les
aulnes, les érables, les tilleuls, les frênes et les
alisiers. Ici la forêt occupe plus de 65 % du territoire, un
chiffre souvent beaucoup plus élevé lorsque l'on se
situe dans les communes limitrophes de l'Alsace. Parfois, quand la
vallée s'élargit comme à Eguelshardt ou à Baerenthal et que les
clairières de défrichement ont été gagnées sur les basses pentes, la prairie et
quelques cultures vivrières se sont développées.
Objet des soins
particulièrement attentifs des ducs de Lorraine
représentés par leurs gruyers, exploitée
intensivement par les Français à partir des années
1730, la forêt a toujours été une source de
revenus importante, faisant vivre des bûcherons, des
charbonniers, des voituriers, des scieurs, des charpentiers et
même des sabotiers. Les feuilles mortes, ramassées sur 20
% des surfaces forestières seulement pour permettre la
régénération de l'humus, servaient à
faire des litières pour le bétail, faute de paille,
ou étaient utilisées comme engrais ; les grumes
étaient employées pour la charpenterie et la construction
navale, les Français faisaient venir le bois jusqu'au port de
Rochefort, en passant par Rotterdam. Les Hollandais, pour leur part,
importaient du bois de chauffage et de façonnage, le flottage se
faisant sur les rivières de la Horn, la Blies, l'Eichel et
la Sarre ; sur place, les bois de feuillus étaient largement utilisés comme
combustible dans les nombreuses verreries locales et dans l'industrie
sidérurgique, principalement dans les forges de Mouterhouse [, de Baerenthal] et de Reichshoffen (Bas-Rhin). Les
sous-bois, eux aussi, constituaient un apport non négligeable à l'économie
locale avec leur myrtilles, leurs genêts servant à faire des balais, leurs
bruyères et leurs fougères utilisées comme fondants dans les verreries.
Jusqu'à
une époque récente, les fonds de vallées,
occupés par des prairies de fauche, étaient
irriguées grâce à un système de rigoles
perpendiculaires au cours des rivières, issues de canaux de
dérivation. Faute d'entretien, ces aménagements ont
été peu à peu abandonnés et les prairies
ont été gagnées par les friches. [Cette mutation,
opérée dans les années suivant la fin de la
seconde guerre mondiale, a signé
l'arrêt définitif de nombreuses pratiques agricoles.]
L'imperméabilité des roches et l'abondance des eaux ont
favorisé dès le Moyen Âge la multiplication
d'étangs artificiels, grands pourvoyeurs de truites et de
carpes, qui constituent aussi l'une des originalités du Pays de
Bitche. À la fin du XVIe siècle, il y en avait déjà
une bonne cinquantaine, mais aujourd'hui on en compte pas moins d'un millier,
situés pour la plupart dans la région gréseuse. Un certain nombre
d'entre eux entraînaient des moulins à grain, à huile, à foulon, des scieries et
des forges, comme par exemple le Grafenweiher à Sturzelbronn ou
l'étang de Münzthal à Saint-Louis-lès-Bitche » (Le Pays de Bitche, p. 1-2).
Bibliographie
- JACOPS
(Marie-France), GUILLAUME (Jacques), HEMMERT (Didier), Le Pays de Bitche
(Moselle), Metz, Éditions Serpenoise, 1990, p. 1-2.