Patrimoine civil dans le Bitscherland

« C'est sans doute l'habitat rural est celui qui a le plus souffert de la seconde guerre mondiale. Des photographies, nombreuses, sont là pour témoigner de villages dévastés par les tirs d'artillerie, de toitures béantes, de façades lézardées et criblées d'impacts ... Pourtant, bien des demeures auraient pu être restaurées, mais les dommages de guerre ont encouragé la reconstruction, entraînant une uniformisation et un appauvrissement de l'habitat. En revanche, l'allure générale des villages, l'implantation et le volume des maisons ont été conservés, contrairement aux villages de la « Lorraine de l'intérieur ». C'est le canton de Volmunster qui a connu le plus grand taux de destruction alors que celui de Rohrbach reste le mieux préservé » (Le Pays de Bitche, p. 13).

Le petit village de Schweyen se situe en pays découvert, un peu à l'écart de la route de Bitche à Deux-Ponts. Le village est totalement reconstruit après la seconde guerre mondiale et s'étend de façon linéaire en direction de l'Allemagne, la frontière se trouvant à mille cinq cents mètres seulement au Nord. Situé au Nord-Est de la ville de Bitche, en plein pays couvert, le petit village de Haspelschiedt et son grand ban forestier sont traversés par le Schwartzenbach, un ruisseau qui alimente un magnifique étang, long de plus de deux kilomètres, et fort apprécié des pêcheurs de la région. Situé à la frontière allemande, dans la zone forestière trouée par les clairières de défrichement, le petit village de Liederschiedt présente une curieuse morphologie, avec son axe principal barré aux extrémités par deux rues transversales. S'avançant dans la forêt, le plateau déboisé tardivement porte sur son rebord le village, surplombant de plus de cent-cinquante mètres la vallée du Grunnelsbach. Avec son écart de Speckbronn, le gros village verrier de Soucht s'étend en plein cœur du pays couvert, au milieu de vastes et vertes forêts et à la limite de l'Alsace. Dans la vallée profonde du Suchterbach, il occupe tout l'espace profitable dans les petits vallons alentours.

Table des matières

1. Habitat rural
5. Baies et encadrement
2. Élévations
6. Influences
3. Toitures
7. Bibliographie
4. Distribution intérieure

1. Habitat rural

« Maisons et fermes sont construites le plus souvent parallèlement à la rue, mais les alignements sont interrompus par des décrochements, des groupes d'édifices isolés sur un ou deux côtés et par des maisons à pignon sur rue. Généralement développées en largeur, les fermes regroupent dans la plupart des cas les fonctions d'habitation et d'exploitation agricole sous un même toit, comme en Lorraine centrale ; mais sur les marges orientales et quand elles sont isolées à l'écart des villages, elles comportent plusieurs bâtiments entourant une cour ou des bâtiments se faisant face sur deux côtés de celle-ci, comme en Alsace. Étayée par les prises de vue faites aussi avant les deux dernières guerres, l'étude sur le terrain a permis de situer la construction des maisons entre la fin du XVIIe siècle et le milieu du XIXe siècle, les dates portées étant nombreuses. La période la plus intense de construction se situe dans la seconde moitié du XVIIIe et au XIXe siècles, ce qui correspond bien à la reconstruction du Pays de Bitche au XVIIIe siècle et à l'essor de la population au siècle suivant. On trouve associés des édifices construits en moellon de calcaire ou de grès crép et d'autres juxtposant le pan-de-bois et la pierre. Sans doute abandonné dès le milieu du XIXe siècle, le pan-de-bois, très proche dans sa structure de celui de l'Alsace, a patriculièrement souffert du temps et des guerres mais surtout de la disparition des savoir-faire, ce qui explique sa faible représentation » (Le Pays de Bitche, p. 13-14), hormis dans la frange extrême orientale, en bordure du Bas-Rhin.

Les toits du village de Schorbach, dans le canton de Bitche, totalement détruits par les bombardements de l'hiver 1944-1945. Le gros village verrier de Goetzenbruck présente la morphologie typique des localités du pays du verre, avec des maisons occupant tout l'espace disponible (photographie de la com. de com. du pays du verre et du cristal). L'église du village d'Epping, dans le canton de Volmunster, a été détruite par les bombardements de la seconde guerre mondiale et un nouvel édifice contemporain a vu le jour en 1955-1957 seulement. Un des rares vestiges de maison à pan-de-bois est visible dans le centre du petit village de Siersthal, tout proche de la très belle église Saint-Marc.

2. Élévations

« Les élévations sont d'une grande diversité, cette variété étant tributaire de l'importance de la maison. Les plus modestes - celles des ouvriers et des petits propriétaires agricoles - sont limitées à un seul niveau et percées de deux ou trois fenêtres et d'une porte piétonne souvent précédée d'un escalier. Les plus importantes - celles des laboureurs et, dans la région de Goetzenbruck et de Meisenthal, celles des verriers - comportent quatre à huit travées de baies sur deux ou trois niveaux soulignés par un bandeau. À l'une des extrémités de la façade, une porte charretière en plein cintre, plus rarement à linteau droit, s'ouvre sur la grange. Les murs-pignons, largement percés, présentent une ordonnance » (Le Pays de Bitche, p. 14).

3. Toitures

« Toutes les toitures, en revanche, se ressemblent : elles sont à forte pente avec une demi-croupe et traditionnellement couvertes de tuiles en écaille, les Biberschwänze ou queues de castor de l'Alsace. Le système de couverture le plus archaïque consistait à utiliser des joints de bois fendu, les Schindeln, placés entre les tuiles, afin d'éviter un recouvrement trop coûteux et trop lourd. Quelques exemples subsistent encore, à Philippsbourg par exemple » (Le Pays de Bitche, p. 14).

4. Distribution intérieure

« La distribution intérieure varie selon qu'il s'agit de petites ou de grosses exploitations agricoles mais aussi selon le nombre des étages. Dans les maisons modestes, il y a trois ou quatre pièces : la cuisine, la Stub (le poële de la Lorraine centrale), toujours la plus importante et ouverte sur la façade antérieure, et deux chambres plus petites, les Stübele. Quand il y a un étage d'habitation, celui-ci comporte aussi quatre chambres distribuées par un petit couloir. Quant au grenier, le Hohbin, on y  accède par une échelle de meunier. Dans les grosses maisons, la distribution des pièces, généralement plus grandes, est assurée par un couloir transversal, qui se retrouve à l'étage. À la fin du XVIIe et dans les premières décennies du XVIIIe siècle, les plafonds des pièces d'habitation, à poutres et solives apparentes, comportent parfois des entrevous en plâtre moulé à décor végétal ou d'inspiration religieuse, les Estriche, comme à l'auberge du Tilleul à Bining. Les caves, présentes sous le logis quand il est surélevé, ne sont jamais voûtées dans les maisons modestes, et en pays couvert, plus accidenté, on a souvent profité de la pente du terrain pour les aménager dans le rocher, à l'extérieur de la maison. En pays couvert encore, des bûchers isolés, les Holzschoppen, sont des constructions légères, en sapin ou en chêne, à claire-voie pour assurer le séchage du bois de chauffage » (Le Pays de Bitche, p. 14).

Le village de Walschbronn, à la frontière allemande et sur la route de Pirmasens, est niché au croisement de trois vallées. Au centre du pays de Bitche et dans une dépression bordée de collines boisées, la petite ville de Bitche est implantée en bordure du pays couvert, dans une zone cependant fort défrichée, là où se croisent les routes de Sarreguemines à Haguenau et à Wissembourg, de Saverne à Pirmasens. Au milieu de la dépression se dresse une étroite barre rocheuse de grès rose, longue de 475 mètres et dominant la plaine de près cent mètres, qui a porté successivement le château puis la majestueuse citadelle. Après un défrichage tardif de la vallée, le village verrier de Saint-Louis-lès-Bitche, avec les bâtiments de l'usine et les cités ouvrières, en est venu à occuper tout l'espace disponible dans les vallons. Le petit bourg de Rohrbach-lès-Bitche, chef-lieu de canton, occupe le rebord du plateau ainsi qu'une petite dépression.

5. Baies et encadrement

« Les baies sont passées d'une forme rectangulaire horizontale proche du carré au XVIIe siècle, à une forme verticale aux XVIIIe et XIXe siècles. Parallèlement, la modénature s'est simplifiée pour disparaître complètement au XIXe siècle. Mais ce n'est pas là qu'il faut chercher le décor, son support privilégié étant presque uniquement la porte du logis. À la fin du XVIIe et dans le premier quart du XVIIIe siècles, l'encadrement se prolonge dans le linteau, avec des décrochements délimitant un tympan qui porte une date, parfois le nom [- ou plus souvent les initiales -] des propriétaires, et des éléments décoratifs. Dans le courant du XVIIIe siècle, les linteaux sont délardés en arc segmentaire et moulurés, tandis que le décor, limité à l'agrafe, s'inspire d'éléments religieux (monogramme du Christ, croix, cœur percé de trois clous) ou profanes (quatrefeuille, pot de fleurs et insignes professionnels). Parfois, de longues inscriptions religieuses à caractère prophylactique ou destinées à repousser les calamités naturelles (le feu, la foudre, l'incendie) se développent sur un cartouche placé en façade ou sur une sablière, comme à Achen ou à Eguelshardt.

À l'extrême fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle, un atelier de sculpture installé à Rahling a diffusé dans les villages alentour un modèle de porte bien reconnaissable : les piédroits, ornés de tables à contour chantourné, sont prolongés par des éléments décoratifs cannelés, ornés d'une fleur largement épanouie, qui imitent des chapiteaux. Le linteau, en arc segmentaire, porte toujours un panier ou un bouquet de fleurs et parfois une guirlande, des lions affrontés ou encore des insignes professionnels. À Goetzenbruck, quelques années plus tard, on trouve toute une série de linteaux, qui renouvellent complètement le décor. Particulièrement développés et fortement architecturés, ils sont surmontés d'un amortissement pyramidal et empruntent leurs éléments décoratifs au vocabulaire classique (piastres enfilés, denticules, oves et rais de cœur, baguettes enrubannées), multipliant les guirlandes et les cassolettes » (Le Pays de Bitche, p. 14).

6. Influences

« Aux marges de la Lorraine centrale, à la fois par sa position géographique et par son histoire, le Pays de Bitche s'est tout naturellement tourné vers les pays et les régions limitrophes, qu'il s'agisse du Palatinat, de l'Alsace et, à un bien moindre degré, du Pays de Sarreguemines. Cette ouverture vers le Nord et l'Est s'est traduite dans le domaine économique, les circuits d'échanges se faisant surtout avec l'Alsace, mais plus encore dans le domaine artistique. L'architecture, qu'elle soit rurale ou urbaine, est fortement apparentée à l'architecture alsacienne dans ses volumes, sa distribution, le percement des élévations, la forme et le matériau de couverture des toitures et même le décor, que l'on retrouve sur les maisons de l'Alsace bossue. En revanche, quand il existe, le village-rue à maisons jointives est caractéristique de la « Lorraine de l'intérieur », selon l'expression régionale. Il en va de même pour tout le patrimoine, plus souvent marqué par des influences germaniques que françaises. La désertification des campagnes au lendemain de la terrible guerre de Trente Ans [(1618-1648)], la ruine totale des édifices religieux et du riche mobilier qu'ils renfermaient, tout comme l'abandon massif des maisons à la ville et à la campagne ont nécessité une reconstruction totale du pays, une fois la paix revenue, qui a commencé[e] à la fin du XVIIe et s'est poursuivie pendant les premières décennies du XVIIIe siècle. Le repeuplement de la région par des étrangers (Picards, Savoyards, Auvergnats, Luxembourgeois, Italiens mais surtout Tyroliens, Suisses et Allemands du Sud, ceux-ci étant souvent d'humbles artisans spécialisés dans le bâtiment), explique l'importance de leur rôle dans cette reconstruction.

La rue principale du village d'Achen avant la seconde guerre mondiale. Le village de Breidenbach est implanté sur le plateau, au confluent de deux ruisseaux peu encaissés. Au cœur du pays couvert, le village de Philippsbourg s'est développé le long de la route de Bitche à Haguenau, juste aux confins de l'Alsace. Le village et ses écarts se situent principalement dans la vallée du Falkensteinerbach, ouvrant le pays de Bitche vers l'Alsace. Village-rue caractéristique, Philippsbourg est dominé par la haute silhouette de l'église protestante. (photographie de Georges-Louis Arlaud en 1925).

Sur le plaetau et en pays découvert, le village de Loutzviller se trouve à l'écart de la grande route de Bitche à Zweibrücken. Il est formé de deux rues parallèles et l'église de la Très Sainte-Trinité s'élève sur sa bordure méridionale.

Des entrepreneurs comme le tyrolien Jacques Nat, installé à Bitche, des maçons comme la famille Gabenesch à Bining, eux aussi originaires du Tyrol, de même que les Burtscher, les Schaller et les Berger, venus de Dalaas au Vorarlberg et établis comme tailleurs de pierre, maçons et entrepreneurs à Bettviller et Hoelling, ont contribué, à leur façon, au rétablissement du pays, tout comme de nombreux menuisiers et sculpteurs venus des mêmes régions, auxquels on a eu recours pour remeubler les églises restaurées ou reconstruites. Dans l'état actuel de la recherche, il reste toutefois très difficile d'apprécier leur rôle dans le renouvellement des formes architecturales à l'époque, leur contribution se limitant peut-être à des tâches d'exécution liées à des savoir-faire ancestraux. Il en sera tout autrement, quelques dizaines d'années plus tard, quand les ingénieurs militaires français chargés de la reconstruction de la citadelle de Bitche fourniront des plans d'église en conformité avec les canons traditionnels en vigueur dans la région, introduisant cependant une certaine monumentalité, caractéristique de l'architecture militaire, et laissant peu de place au décor.

La situation de la région sur les marges de la Lorraine catholique entraînant l'affirmation d'une foi vive face aux protestants des pays voisins, confortée par une vieille tradition religieuse d'une bonne partie des émigrants, explique la prédominance du patrimoine religieux, qui a laissé son empreinte dans le paysage artistique. Une empreinte toujours renouvellée, tant les mentalités restent profondément ancrées dans leurs traditions. Aujourd'hui, le Pays de Bitche continue à être tourné vers les régions limitrophes, en particulier vers le Palatinat, puisqu'une bonne partie de la population active migre journellement en Allemagne vers les centres industriels et commerciaux des environs de Pirmasens et de Deux-Ponts, ce qui constitue un apport capital à l'économie et au niveau de vie des habitants.

Le Pays de Bitche possède pourtant d'autres atouts, liés à la qualité des paysages et de l'environnement, mais aussi au patrimoine architectural, essentiellement militaire (la citadelle de Bitche, ses souterrains et son musée, la ligne Maginot) : l'architecture et les productions verrières inscrites dans un vaste circuit du verre ou encore les musées conservant des témoignages d'un artisanat traditionnel (les sabots à Soucht, la meneurie au moulin d'Eschviller). Un éventail de possibilités touristiques que, depuis plusieurs années maintenant, le Parc régional des Vosges du Nord a réussi à développer. Somptueux Pays de Bitche en ses automnes flamboyants et ses printemps subtiles et nuancés, jouant sur la gamme infinie des couleurs, pays de la forêt mais aussi des vastes horizons, pays du verre et de l'eau, profondément marqué dans son paysage par une longue tradition religieuse : des lieux et des hommes à décourir, à apprécier » (Le Pays de Bitche, p. 15).

Le village de Bining est établi à flanc de coteau et s'est développé en contrebas de l'église et le long de la route de Rahling à Rohrbach-lès-Bitche. L'architecture y entremêle les caractéristiques des villages-tas à celles de l'habitat alsacien tout proche. Le village de Meisenthal, établi à l'intersection de plusieurs vallons, ne présente aucun parti cohérent. Des prairies ponctuent la forêt defrichée tardivement, les maisons non jointives semblent posées un peu au hasard, parfois à l'écart des axes de circulation. Une morphologie qu'on ne retrouve par ailleurs nulle part et qui s'explique par l'occupation récente du village et l'accroissement de la population verrière à la fin du XVIIIe siècle. Avec ses modestes maisons dispersées en ordre lâche, le petit village de Reyersviller s'étire dans la longue et vallée du Schwangerbach. Situé en pays découvert, le village de Lengelsheim s'est développé le long des ruisseaux du Bittenbach et de l'Himersbach, qui confluent en contrebas de l'église Saint-Laurent pour former le Breidenbach. Bien que totalement détruites au cours de la seconde guerre mondiale, les maisons ont retrouvé au moment de leur reconstruction leur volume et leur allure générale d'autrefois.

7. Bibliographie

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