Jean-Guillaume Goldenberg (1778-1858) est un industriel lorrain d’origine allemande. Né le 7 décembre 1778 à Bliedingshausen, près de Remscheid en Westphalie, dans ce bassin de la Ruhr qui déjà s’apprête à devenir le centre de la grande industrie naissante du XIXe siècle, il quitte son pays en 1826, à l’âge de quarante-huit ans, pour des raisons politiques. Il trouve asile en France, à Baerenthal, où il est nommé directeur des forges déjà existantes, sous le nom de Couleaux aîné et Cie.
Table des matières
| II. Assainissement de la vallée | III. Notes et références | IV. Annexes | |
C’est alors que l’industrie métallurgique de Baerenthal prend un essor particulier. Goldenberg développe la fabrication de l’acier, fait construire de nouveaux fours d’affinage, un laminoir et multiplie les dépendances de l’usine. Il peut ainsi, à l’époque, occuper de quatre-vingt-dix à cent ouvriers sur une population globale d’environ huit-cent-cinquante habitants. Par sa fusion avec la Manufactures d’armes, de Mutzig et de Klingenthal, l’usine de Baerenthal s’ouvre des débouchés qui favoriseront son développement ultérieur. À la suite d’une autorisation accordée par décret du 30 janvier 1833, Goldenberg est en mesure de créer deux petits martinets près du pont sur la Zinsel, dont l’un ne doit cesser son activité qu’en 1932. Le dernier forgeron qui l’occupe, Louis Valentin, décédé depuis de nombreuses années, est resté dans la mémoire des plus anciennes générations. L’acier affiné de Baerenthal, destiné surtout à la fabrication des outils, est très connu et apprécié, de sorte que les demandes affluent jusqu’à la première guerre mondiale. Malgré l’annexion de 1871, la France devient le meilleur client des usines de Baerenthal. En raison des techniques modernes introduites ailleurs, la rentabilité de la fabrication de l’acier diminue, et c’est en 1923 que les usines arrêtent la production du précieux métal. Mais l’œuvre de Jean-Guillaume Goldenberg ne doit pas en rester là. Baerenthal et sa population se doivent, encore de nos jours, de lui rester reconnaissants pour l’œuvre d’assainissement qu’il a accompli dans la vallée.
II. Assainissement de la vallée
Pour bien en mesurer la portée, il est utile de se rappeler que la vallée de la Zinsel, à cette époque, comprend de nombreux étangs et marécages. Par ailleurs, là ou les regards des touristes souvent trop pressés découvrent furtivement riantes vallées et prairies verdoyantes, s’élèvent jadis d’immenses forêts, couvrant la presque totalité de la vallée. Ainsi les brouillards qui se forment au-dessus de ces fonds insalubres ne peuvent se dégager et rendent le climat extrêmement humide. Les moustiques trouvent là un terrain favorable à leur développement et leurs piqûres causent des maladies qui font de sérieux ravages parmi les habitants. Les victimes sont prises d’une espèce de frisson, appelé dans le patois local Frieren, maladie qui semble tenir à la fois de la fièvre des marais, de la malaria et du paludisme. Baerenthal acquit la triste réputation d’être un endroit infecté et on l’évitait dans la mesure du possible. La chronique nous rapporte que l’année 1833, on compte cent-quatre-vingt-dix cas de maladie dont vingt-neuf sont mortels. Pour guérir ou se prévenir de la maladie, les habitants ont recours à toutes sortes de remèdes, voire de sortilèges. La source du Nervenbrünnel (source des nerfs) qui s’écoule sur les flancs du proche Kirchberg, paraît devoir protéger les habitants du terrible fléau. D’autres habitants de la vallée utilisent des remèdes étonnants comme par exemple l’absorption d’une araignée-croix, écrasée au préalable dans une cuillère. D’autres malades enfin ont recours à l’intervention supposée bénéfique de certaines vieilles femmes qui se targuent de pouvoir chasser le mal par le Brüche, espèce d’acte de sorcellerie bien connu à l’époque.
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Mais c’est à Jean-Guillaume Goldenberg que revient le mérite d’avoir organisé une lutte efficace contre le mal. Conscient de l’importance de la maladie qui frappait à intervalles réguliers ses concitoyens, il fait assécher de nombreux étangs ainsi que les marécages au pied du Ramstein. Il sollicite ensuite de l’administration du roi Louis-Philippe l’autorisation de frayer, par de nombreuses coupes, une grande éclaircie à travers la forêt, le long de la route du Mühlthal. Il s'agit du système des « tranchées sanitaires », appliqué dans d’autres régions depuis le règne de Louis XV. Ainsi, il réussit l’aération et l’assainissement de la vallée dont le climat, moins humide, contribue à faire de cette fièvre étrange une maladie aujourd’hui disparue. Et si Baerenthal, de nos jours, est fier d’être devenu un centre de villégiature et de cure d’air apprécié de nombreux touristes, elle le doit pour une bonne part à l’homme qui grâce à ses qualités de l’esprit et du cœur, ne s’est non seulement contenté de donner au village une industrie nouvelle et florissante, mais qui, par son désintéressement total et son idéalisme, a accompli ce grand geste humanitaire qui doit largement contribuer à soulager les souffrances d’une population à laquelle il se sent profondément attaché.